Entretien avec Alain Prost « Si les Chinois se lancent dans la F1, ça pourrait aller très vite ! »

On l’a surnommé « le Professeur ». Alain Prost, célèbre quadruple champion du monde devenu conseiller de Renault F1, a créé l'écurie de monoplaces électriques e.dams pour le championnat de Formule E de la Fédération internationale de l'automobile (FIA). Il se confie à Paris Fantastic !  

 

L'année 2018 est exceptionnelle pour la Formule 1, avec à la fois le retour du Grand Prix de France et le Grand Prix de Monaco… 

Le retour du Grand Prix de France est une très bonne nouvelle. Je m’en réjouis. Une compétition comme celle-là tire par le haut toutes les autres activités. C’est important pour la France, pays de l’industrie et du sport automobile. C’est en 1950 qu’a eu lieu le premier Grand Prix de Formule 1… ça attire toutes les vocations, c’est un formidable patrimoine qu’il ne faut pas oublier. Tous les voyants sont enfin au vert pour la F1 en France : il y a un constructeur français dans la discipline, trois pilotes tricolores, une synergie avec les diffuseurs, et il y a eu une vraie volonté. Quant à Monaco c’est un formidable Grand Prix, un grand classique ! Le Grand Prix de France c’est un peu notre vitrine, c’est positif pour l’image de la France… Pour son tourisme, son industrie, c’est vraiment très bon.

 

Aujourd’hui, avez-vous encore envie de participer à une course, de vous mettre au volant ?

Non, pas spécialement. Aujourd’hui je le fais parce que c’est pour l’histoire du Grand Prix de France, de Renault, de leur implication dans la F1 depuis des années ; je crois que j’ai vu trois générations d’amateurs assister aux courses. C’est un peu dur pour moi, mais c’est ça aussi qui constitue le patrimoine de notre sport. De mon temps, j’aimais contrôler, maîtriser et faire évoluer la Formule 1. J’ai la nostalgie des moteurs, du bruit, de la finesse et de l'esthétique des voitures de l’époque. Les voitures de F1 ont énormément évolué, elles sont très abouties sur le plan de l’aérodynamique. Je ne suis pas emballé par l’esthétique du nouveau « halo » de protection. Est-ce bien pour la sécurité des pilotes ? Bien sûr ! Mais la sécurité n’a plus rien à voir avec celle des années 1980. À vrai dire, je préfère les voitures plus simples et épurées.  Le métier a changé. Désormais, ce sont surtout les pilotes qui sont à l’écoute de leurs ingénieurs… Mais les fans auront toujours besoin d’admirer le pilote au moins autant que la machine. Cette année, on sent à nouveau un vrai engouement.

En quoi la Chine est importante pour la F1 ?

C’est important pour les constructeurs, pour les équipementiers, pour tout ce qui touche l’industrie automobile.  La tradition de la F1 c’est plutôt l’Europe. Mais cette tradition s’est évidemment exportée vers des pays comme l’Inde, la Chine, des pays avec une grande expansion et une démographie énorme. On a déjà vu des pilotes chinois sur les circuits, il y a un intérêt de plus en plus important pour le sport automobile ; le circuit de Shanghai est moderne, assez spectaculaire, avec une grande ligne droite, mais rien de très spécifique. C’est un Grand Prix important pour le monde, pour la communauté de la Formule 1. Il y a aussi des courses de voitures électriques à Pékin, le Grand Prix de Formule 1 à Shanghai. Mais il faut toujours être attentif et observer l'essor de pays comme la Chine dans notre sport : si demain les Chinois vont de l’avant dans la F1, ça pourrait aller très vite !

 

Peut-il y avoir bientôt une écurie de F1 chinoise ?

Il n’y a pas de plan ni de rumeurs, mais ce n’est pas impossible. Ils sont plus impliqués à l’heure actuelle dans tout ce qui est électrique, environnement, ce qui est bien d’ailleurs car c’est un vrai problème pour ce pays, peut-être encore plus que pour d’autres nations…  Mais avec les technologies hybrides, celles des moteurs dont nous disposons aujourd’hui dans la F1, ils pourraient être aussi motivés !  Les constructeurs chinois, sont nombreux, mais on n’en connaît pas un qui sorte du lot. Pour l'instant ils ne cherchent pas à être généralistes ni luxueux, contrairement à Renault, mais on verra bien comment les choses vont évoluer d’ici une dizaine d’années.

 

Tout comme il y a eu une Porsche électrique, pensez-vous qu’il y aura aussi une Alpine Renault électrique ?

Ce n’est pas impossible. On se dirige vers un monde électrique, de plus en plus de modèles vont être construits spécialement pour ça.

 

Pourquoi les Chinois devraient-ils aimer la F1, comme les Français, les Américains ou les Britanniques ?

Pour nos amis chinois, ça peut être fondamental car c’est un sport d’élite qui touche une technologie d’élite. S’ils souhaitent prouver qu’ils peuvent faire aussi bien, voire mieux que les Occidentaux, pas uniquement pour la puissance du nombre mais surtout pour la puissance intellectuelle de l’ingéniosité, je pense qu’ils devraient venir à la F1, ça serait bien !

 

 

Propos recueillis par Ulysse Gosset

 

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