« Les Champs-Elysées sont un mythe bien réel ! »

Que représentent pour vous les Champs-Elysées ?

Maurice Lévy Président du Conseil de Surveillance de Publicis Groupe : C’est d’abord un mythe. Mais c’est un mythe bien réel ! Les Champs-Elysées c’est quelque chose de magnifique, vous ne pouvez pas faire « A bout de souffle », le fameux film de Jean-Luc Godard, sans les Champs-Elysées !  

Les Champs-Elysées, ce n’est pas seulement les défilés, les grandes manifestations, la plus belle avenue du monde, l’arc de Triomphe jusqu’à la Concorde, c’est avant tout, un mythe. Un mythe magnifique,   bien réel, ou se côtoient aussi bien Louis Vuitton que Mc Donald, ou il y a une espèce de parfum unique, une ambiance qui n’appartient qu’aux Champs-Elysées. J’ai vu son évolution, j’ai vu les cinémas, j’ai vu la manière dont les Champs-Elysées se sont transformés, j’ai vu comment ils ont été défigurés.. Jacques Chirac, qui était à l’époque maire de Paris, a beaucoup travaillé à ce qu’on les rénove et il serait temps aujourd’hui de les rénover à nouveau.

Les Champs sont magnifiques tout au long de leur parcours. Avec les jardins en bas et leur animation pendant les grands évènements, les hôtels, le grand palais, les pavillons, que ce soit chez Laurent ou d’autres. Et puis, on remonte les Champs-Elysées avec les boutiques, les immeubles, cette représentation magnifique des immeubles Haussmanniens, mais aussi des audaces de certaines époques, certains, pas très réussis, il faut bien le reconnaître… Et puis des lieux : le Fouquet’s reste un endroit assez magique et le Drugstore, en bas de l’immeuble Publicis, qui a été là aussi quelque chose d’absolument mythique : un endroit, un lieu de rendez-vous assez exceptionnel avec « l’Atelier de Joël Robuchon », avec la possibilité de trouver à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, un cachet d’aspirine ou un journal, un cigare ou tout simplement de s’attabler, de petit-déjeuner, de déjeuner ou de dîner…

Les Champs-Elysées pour moi c’est aussi l’avenue de Publicis, bien sûr. J’y travaille depuis 1971, donc je viens quasiment tous les jours aux Champs-Elysées. Quand je dis quasiment tous les jours, c’est parce que j’y viens le samedi, mais j’y viens aussi souvent le dimanche.

Vous avez la plus belle vue !

De mon bureau, oui, on voit l’arc de triomphe, qui est une chose inouïe… on voit la beauté, on voit les lumières… Une des choses formidables des Champs-Elysées, ce sont les lumières. Pas comme à Tokyo, ou à Time Square, toutes ces lumières artificielles… Nous, c’est la lumière naturelle. La lumière de la nuit, la lumière du jour, quand l’aube se lève, quand le ciel rougit au crépuscule et que le soleil se couche…

Ce sont des lumières fabuleuses et qui se reflètent dans les Champs-Elysées… On voit ces reflets dans les immeubles.

D’ailleurs, quand nous avons construit notre immeuble en 1972, après l’incendie, donc on est à peu près en 1975, on l’a fait avec des façades de glace, de manière à ce que l’arc de triomphe se reflète dans l’immeuble et qu’on retrouve aussi les Champs-Elysées qui se reflètent dans notre immeuble.

Depuis on a rajouté des voiles sur l’immeuble pour l’illuminer et faire en sorte que les Champs-Elysées soient encore davantage illuminés.

Comment Publicis s’est installé sur les Champs-Elysées ?

C’est une histoire magnifique. Il y avait à l’époque Marcel Dassault qui était le Marcel d’en bas près du Rond-Point, et Marcel Bleustein-Blanchet qui était le Marcel d’en haut près de l’Arc de Triomphe… C’était le second qui avait convaincu le premier de s’installer…

Marcel Bleustein-Blanchet, le fondateur de Publicis, a 6 ou 7 ans quand il découvre les Champs-Elysées, à bord d’une calèche louée par son père, allant de la butte Montmartre ou ils habitaient, jusqu’au bois de Boulogne ou ils allaient pique-niquer.

En traversant les Champs-Elysées, il trouvait ça absolument magnifique et il s’était dit :  un jour je serai là !

Après la guerre, il recommence et il se dit « si je réussis, j’irai aux Champs-Elysées !». Et il se trouve que l’immeuble ou nous sommes était celui où Eisenhower avait installé le QG des Alliés, le fameux hôtel Astoria.

Quand cet hôtel Astoria a été rendu à ses propriétaires, ils ont cherché un acquéreur mais il avait été mis tellement à mal par les militaires, qu’il n’y avait pas un seul acheteur. Marcel Bleustein-Blanchet l’a acquis dans des conditions tout à fait favorables en 1956 et il en a fait le siège de Publicis.

Il ne savait pas quoi faire de la salle de restaurant, du lobby de l’hôtel et c’est à ce moment-là que lui est revenu en mémoire le souvenir des drugstores à New York ou l’on pouvait jusqu’au milieu de la nuit, acheter un journal, un cachet d’aspirine, boire un café ou manger un hamburger…

Il a eu l’idée de créer ce drugstore magique, en 1958, et tout Paris y venait.

Quand Marcel Bleustein-Blanchet arrive, les Champs ressemblent à quoi par rapport à aujourd’hui ?

C’était beaucoup d’immeubles Haussmanniens, je m’en rappelle très bien, je me rappelle parfaitement quand j’avais été recruté par Marcel Bleustein-Blanchet, le soir j’étais descendu jusqu’à l’arc de triomphe à pied, parceque je voulais voir cette l’avenue dans laquelle je me trouvais et ou j’allais vivre…C’était un endroit où il y avait quelques grandes boutiques anciennes et plus d’hôtel. Il y avait le Fouquet’s, qui était célèbre mais plus rien d’autre…

 Les Champs-Elysées sont passés par une phase creuse, à un moment donné ou l’on sentait que la fréquentation était beaucoup moins agréable, et puis il y a eu tout ce travail qui a été fait avec Jacques Chirac, quand il était maire de Paris, qui a redonné ses lettres de noblesse aux Champs-Elysées.

Ensuite il y a eu beaucoup de promoteurs qui se sont intéressés aux Champs-Elysées. Il y avait aussi ces passages, ses disquaires, à différentes époques, il y avait le fameux disquaire en bas des Champs-Elysées, si on voulait une nouveauté, il fallait absolument aller là-bas, il y avait le drugstore qui vendait des disques, ensuite on s’est retrouvés avec Virgin.

L’enseigne a vécu une bonne époque, ça a été un grand moment des Champs et je pense que les Champs ont su à chaque fois garder leur côté mythique, et en même temps se moderniser…

Il y a quelques immeubles qui sont franchement sans intérêt, parceque les architectes n’ont pas véritablement osé et puis il y a des choses qui ont été magnifiquement reprises, quand je vois la boutique Louis Vuitton ou ce que Dior a fait sur les Champs-Elysées, c’est assez formidable.

Mais ce qui fait les Champs-Elysées, ce n’est pas les immeubles, ni les restaurants, ni Publicis ni le drugstore, ce sont les gens. Ce qui a toujours été sur les Champs-Elysées, alors bien sûr il y a le LIDO qui a toujours été là, des gens excentriques, à 4 heures du matin, déguisés en « drag queen », qui se promènent sur l’avenue…

Il y a les Champs au petit matin, Paris s’éveille, il est 5 heures, Jacques Dutronc, il y a énormément de choses. Les Champs-Elysées ont été chantés sur tous les airs, de Joe Dassin à Jacques Dutronc, en passant par des chanteurs plus mythiques, mais ce qui fait les Champs, c’est ce mélange de parisiens et de touristes, ce mélange de gens qui sont affairés, qui sont pressés, qui veulent aller vite et les touristes qui prennent le temps…

Ces deux temps différents de vitesse à laquelle les gens vivent, ce qui fait les Champs-Elysées, c’est cette dimension mondiale, le fait que l’on croise des chinois, des américains, des coréens, des japonais, des espagnols, des suédois…

Vous avez dit qu’il serait bien que l’on modernise ou que l’on réenchante l’avenue… Pourquoi?

Je n’utiliserai pas le terme de « réenchantement ». Je pense que les Champs-Elysées sont un enchantement permanent, y compris maintenant. Mais il y a deux choses que l’on doit faire, impérativement. La première, c’est de faire en sorte que les gens ne prennent plus les Champs pour une voie de trafic qui permet d’aller d’un point à un autre, plus ou moins vite. Il faut réduire la circulation sur les Champs.

La deuxième chose qui est liée à la première, il faut retrouver ce côté balade, qui est tellement parisienne d’ailleurs… cette promenade. Les Champs-Elysées, quand vous prenez le bas, on se dit qu’on a quand même les plus beaux jardins de Paris, ils ne sont pas utilisés.

Il faut que l’on retrouve cela. Ça ne veut pas dire qu’il faut refaire une baraque de Guignol, des marionnettes comme ça existait à un moment donné. Ça ne veut pas dire non plus qu’il faut aligner les baraques à frites, qu’on a vues pour Noel. Il faut refaire vivre les Champs et que les parisiens se les réapproprient, qu’ils aient envie de venir pique-niquer, même l’hiver, dans ces endroits.

Il faut aussi que sur la partie après le rond-point, qui va du rond-point à l’arc de triomphe, que l’on retrouve le gout de la promenade. Pour ça, c’est bien de rétrécir la chaussée. C’est bien de réduire le nombre de voitures et c’est bien de ralentir le flot. C’est bien aussi de redonner les Champs-Elysées aux piétons plus fréquemment. Il y a des évènements formidables qui ont eu lieu dessus.

Tout le monde venait sur l’immeuble Publicis quand il y a eu le défilé de Jean Paul Goude. C’était un évènement absolument formidable, pour célébrer le bicentenaire de la révolution dans toutes ses dimensions.

On a replanté le blé avec une magnifique photo de Marcel Bleustein-Blanchet qui est avec l’arc de Triomphe au fond, les Champs recouverts de blé, c’est quelque chose d’inouï. Je pense que les Champs doivent rester un lieu de fête. De fête quotidienne. Un lieu ou même aller travailler est une fête.

Comment vous voyez l’avenir des Champs ?

Je suis un grand optimiste. Je crois que les Champs ont trois qualités uniques au monde. Uniques. Vous pouvez prendre toutes les grandes avenues au monde, il n’y en a aucune qui soit aussi belle que les Champs-Elysées. Quand on dit la plus belle avenue du monde, je suis désolé pour les autres, mais on a cela. On n’y est pour rien, ça nous a été donné, c’est l’histoire, ce sont nos ancêtres qui ont créé cela, mais ils ont créé quelque chose d’unique.

La deuxième chose c’est que sur les Champs-Elysées il y a un mélange, qui est le mélange de la société. Il y a des boutiques de très grand luxe et McDonald. On peut donc effectivement s’acheter ce qu’il y a de plus cher chez Louis Vuitton ou chez Dior et puis en même temps se contenter d’un hamburger à quelques euros.

Le troisième élément, c’est, qu’il y a les gens. On a une représentation quotidienne du monde entier.

C’est pour ça que les Champs-Elysées resteront toujours les Champs-Elysées. Il y a des gens qui y sont formidablement attachés, pas seulement les gens du Comité, beaucoup plus qu’eux-seulement. Ils feront tout pour que les Champs restent un mélange de la vision de l’avenir comme l’immeuble Publicis et de la représentation de notre histoire, comme l’arc de Triomphe et un certain nombre de nos immeubles, comme l’hôtel Dassault !

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