Marie-Antoinette et sa correspondance secrète au rayon X

« De tous les Suédois qui ont été ici de mon temps, c'est celui qui a été le mieux accueilli dans le grand monde. Il a été extrêmement bien traité dans la famille royale. Avec la plus belle figure et de l'esprit, il ne pouvait manquer de réussir dans la société, aussi l'a-t-il fait complètement ». (Lettre du comte de Creutz, ambassadeur de Suède à Paris, au roi Gustave III).

Amis ou amants ? On a longtemps supposé que la reine Marie-Antoinette eût une affaire de cœur avec le comte Axel Von Fersen, un gentilhomme suédois, organisateur de la fuite de Louis XVI à Varennes, les 21 et 22 juin 1791. Sans réelles preuves, les historiens n’ont jamais pu affirmer que les deux amoureux étaient tombés dans les bras l’un de l’autre… même en tentant d’analyser les correspondances secrètes échangées, entre la fin juin 1791 et août 1792. En sont-ils aujourd’hui convaincus ? Pas si sûr…

Lorsque la famille royale fut placée en résidence surveillée au Tuileries, les billets adressés (et numérotés) furent nombreux, mais impossible d’en connaître le contenu puisque certains paragraphes avaient été « caviardés » (des phrases entières avaient été étrangement raturées à la plume et à l’encre noire). Qui, quand et pourquoi ? En 1877, des correspondances appartenant au baron Rudolf Maurits Von Klinkowström (petit neveu d’Axel de Fersen) réapparurent. Certaines furent authentifiées tandis que d’autres : pure invention… On décrypta dans un premier temps certaines d’entre elles en 2014 grâce à la composition des encres (notamment au pourcentage de cuivre qu’elles contenaient). A présent, la science prouve qu’elle peut aller plus loin puisque sept lettres sortent de l’ombre sous l’œil attentif des Archives nationales de France, détentrices depuis 1982, de quelques vingt-cinq minutes ou brouillons de Marie-Antoinette, dont vingt-neuf d’Axel de Fersen. Même si les échanges secrets entre la Reine et « le favori » n’offrent aucun scoop politique (en éclairant notamment leurs relations amoureuses), tout passionné d’histoire de France s’intéresse au sujet… « l’Autrichienne » (Marie-Antoinette) s’inscrit belle et bien au chapitre des icônes de l’Histoire de France !

Le secret des ratures portant sur 53 lignes a-t-il été entretenu par Fersen ou par ses descendants ? « Je vais finire, non pas sans vous dire mon bien cher et tendre ami que je vous aime à la folie et que jamais, jamais je ne peu être un moment sans vous adorer ». (Marie-Antoinette - Billet du 4 janvier 1792 44OAP/1). Grâce à la Fondation des Sciences du Patrimoine, mais surtout au travail d’experts du CRC-CNRS/Museum national d’Histoire naturelle/Ministère de la Culture (Centre de recherche sur la conservation des collections) et du laboratoire Dynamiques patrimoniales et culturelles (DYPAC), le programme « Rex II (Recherches sur l’extraction et exploitation des tracés sous-jacents dans les manuscrits anciens) forme aujourd’hui des avancées colossales. Sans porter atteinte aux originaux, sept lettres -avec le recto d’une huitième- subirent un procédé nommé : « spectroscopie de fluorescence de rayons X », lequel sut distinguer les encres de ratures et celles de textes. Mais il fallut ensuite déchiffrer la partie censurée… Dans le but de rendre ces lettres indécodables, des boucles, des jambes et des pointes furent tracées sur le papier après la mort de la Reine. Il s’agissait en effet, dans ces paragraphes, de textes « privés ». Sur les passages maquillés, divers procédés d’optique (rayons X, infrarouges proches, moyens et lointains) furent appliqués afin de mettre à l’écart les écritures superposées. Pas facile pour la science de distinguer des compositions à la rédaction changeante selon le lieu et la date. Ces encres dites « métallo-galliques » (sulfate de fer, de tannins issus de la noix de galle et de gomme arabique) présentaient des éléments qui variaient de plus dans leurs proportions... La fluorescence de rayons X sous microfaisceau aboutit finalement à reconnaître les deux niveaux d’écriture et par conséquent d’en faire surgir certains mots ! Ces lettres, qu’il est possible de consulter sur internet sont rédigées sur un papier qui date de la fin du XVIIIème siècle. Sur un bord droit, elles sont en bon état, sans trous ni déchirures, n’ont pas de traces d’humidité ou de moisissures.

« Ces documents ne forment pas une correspondance érotique, ni même à proprement parler amoureuse, puisqu’aucun de ces courriers rédigés n’est entièrement consacré à ce thème ; Seuls certains passages dévoilent l’affection que se portaient les deux amants » (Isabelle Aristide, conservatrice Archives nationales. Pour le journal Le Monde). Selon les Archives nationales, « une mise en lumière du quotidien entre les deux amoureux apporte malgré tout de nouveaux éléments. Des sentiments d’espoir, d‘inquiétude, de confiance, de terreur, dans un contexte particulier, celui de l’enfermement forcé et de l’éloignement de deux êtres parfaitement à l’unisson, pris dans la succession d’événements dramatiques qu’ils ne peuvent maîtriser ». Marie-Antoinette se saisit en effet comme jamais de l’écrit pendant la Révolution. Ses écrits deviennent dans cette période tragique, « des instruments choisis ». Les historiens prennent alors la juste mesure d’un jeu d’émotions qui tisse étroitement ensemble la politique et le personnel. Ces lettres peuvent dès lors être confrontées, à d’autres lorsque l’émotion politique l’emporte. Le projet REX fera non seulement l’objet prochainement d’une publication et une communication sera faite de manière encore plus précise l’en prochain dans le cadre de journées d’études.

Louis XVI qui fuit Versailles puis qui traverse un petit village lorrain déguisé en bourgeois est arrêté puis emprisonné avec sa famille. La suite, on la connait… Les Révolutionnaires recherchèrent le gentilhomme Fersen, monarchiste absolu, haut représentant de la reine auprès des cours d’Europe… Il coula des jours heureux, jusqu’à sa mort, le 20 juin 1810, à Stockholm. « Sa connaissance » comme le rappelait Marie-Antoinette en 1778 lorsqu’il revint à la Cour, était en effet, « vieille » ! (C’est une vieille connaissance ! » - M.A.).

Michèle Villemur

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