Olivier, petit-fils de Picasso

Le musée national Picasso à l’Hôtel Salé : l’ultime demeure de Pablo

Le musée Picasso contient la plus grande collection d’œuvres du grand maître. Son petit-fils, Olivier, nous accompagne dans la découverte de ce lieu emblématique.

Les lieux de vie de mon grand-père Pablo Picasso ont souvent été associés à des souvenirs personnels. La chance a voulu que je les découvre lors de moments d’intimité : le château de Boisgeloup à Gisors accueilli par mon oncle Paul ; le château de Vauvenargues en 1973 quelques semaines après la mort de Pablo ; la villa « La Californie » à Cannes, un an plus tard ; l’atelier du Fournas à Vallauris, avec ma mère Maya qui y revivait les vacances joyeuses en famille avec son père : ou la rue des Grands-Augustins à Paris, non loin de l’île Saint-Louis où vivait ma grand-mère Marie-Thérèse. Tous ces lieux témoignaient d’architectures différentes mais ils conservaient le souvenir de Pablo. Il manquait le lieu idéal, celui qui serait à la fois une demeure et un musée, un lieu rappelant le lien étroit entre l’homme et l’artiste, sa vie et son œuvre. Un lieu qui montre l’essentiel avec des volumes et des perspectives capables de faire face à la force du génie de Picasso. Ce lieu est l’Hôtel Salé, l’ultime demeure de Pablo Picasso.

Collection permanente et expositions temporaires

Ce bâtiment baroque, construit entre 1656 et 1660, devint l’hôtel particulier de Pierre Aubert, fermier général des gabelles du roi Louis XIV, en charge de percevoir l’impôt sur le sel alors en vigueur. D’où son surnom d’« Hôtel Salé » ! Il est devenu le musée national Picasso, inauguré en 1986 et rénové en 2014. Celui-ci contient la plus grande collection d’œuvres de Pablo Picasso. Le grand escalier d’honneur, éclairé par des lustres créés par Diego Giacometti est à lui seul un moment de grâce.

À la mort de mon grand-père, le 8 avril 1973, il a été possible pour notre famille de régler les droits de succession par la remise d’œuvres d’art à l’État. Il s’agissait à l’époque de payer 20% de la valeur de l’héritage composée de près de 60 000 œuvres dont 1 885 peintures, 7 089 dessins ou 1 228 sculptures, mais aussi une dizaine de propriétés.

Le musée national Picasso présente une sélection d’œuvres de sa collection permanente ainsi que des expositions temporaires d’un très haut niveau historique et scientifique, orchestrées par son dynamique président Laurent Le Bon.

1932, une année charnière

Picasso à l'Hôtel Salé

Picasso à l'Hôtel Salé

En cette année 2018, l’exposition « Picasso 1932, année érotique » précédera celle commémorative de « Guernica » et d’une présentation de « Chefs-d’œuvre » venus du monde entier. « Picasso 1932, année érotique » me touche tout particulièrement car elle célèbre le génie de mon grand-père inspiré par la grâce et la volupté de ma grand-mère. Ce fut en 1932 la révélation d’un nouveau style et d’une histoire d’amour ! L’exposition est dédiée à une année entière de création de la part de l’artiste. L’idée a été, pour la commissaire de l’exposition, Laurence Madeline, de rassembler toutes les œuvres conçues entre le 1er janvier et le 31 décembre de l’année 1932 ainsi que les documents d’archives qui retracent la vie de Pablo Picasso. Elle replace alors les créations de cette année dans leur contexte.

En 1932, un marchand d’art parisien organise la première rétrospective consacrée à Pablo Picasso à la galerie Georges-Petit, réunissant les œuvres de ses périodes précédentes dites bleue, rose, cubiste et néoclassique, et révèle la révolution artistique opérée depuis 1927. Cette année-là, Pablo rencontre Marie-Thérèse Walter en lui déclarant : « Nous allons faire de grandes choses ensemble ! » Ainsi commence une nouvelle période pour l’homme et l’artiste. Pablo recrée l’univers du peintre et son modèle. Sa peinture sublime le surréalisme ; il redécouvre la sculpture et l’explore comme aucun artiste auparavant ; il retrouve la gravure et exerce sa magie.

« Picasso 1932 », au musée national Picasso, retrace la vie de Pablo Picasso tout au long de cette année charnière et présente de nombreux tableaux majeurs marqués par une sensualité et un érotisme exacerbé. Ma grand-mère Marie-Thérèse Walter figure sur tous les murs et traduit le bonheur de l’artiste et son modèle. L’exposition est portée par la chronologie méticuleuse de cette année de réflexion et de plénitude pour l’artiste. Pablo Picasso déclare alors : « L’œuvre qu’on fait est une façon de tenir son journal. »

Une visite au musée national Picasso est une occasion unique de découvrir un bâtiment somptueux de l’histoire de France et de parcourir des expositions de l’artiste le plus emblématique de l’art moderne. Chacun y trouvera « son » Picasso.

  • Musée national Picasso : 5, rue de Thorigny, 75003 Paris. Tél. : 01 85 56 00 36. Ouvert du mardi au vendredi de 10h30 à 18h, samedi, dimanche et jours fériés de 9h30 à 18h. Attention, dernier accès à 17h15. Fermé le lundi. http://www.museepicassoparis.fr
  • « Picasso 1932, année érotique » : jusqu’au 11 février 2018 puis à la Tate Modern, Londres.
  • « Guernica » : du 27 mars au 29 juillet 2018.
  • « Chefs-d’œuvre » : du 4 septembre au 13 janvier 2019.

À lire :

Picasso, an intimate portrait by Olivier Widmaier Picasso, Tate Publishing, 2018.

À voir :

DVD Picasso, l’inventaire d’une vie, Arte Éditions/RMN-Grand Palais, 2014.

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